Les Poings qui Volent, Avignon, #OFF2016

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          Les Poings qui Volent. C’est vrai que les comédiens sont aidés du départ : un texte d’Israël Horovitz, c’est rare quand ça déçoit. Mais tout le monde pourra le confirmer : le texte au théâtre ne fait pas tout. Ce n’est qu’une structure de travail et les comédiens viennent ensuite sublimer les mots. Et c’est ce qu’ils font, dès les premières répliques. On les écoute, on les regarde, on les suit. Nous nous plongeons un peu plus entièrement dans l’histoire à chaque scène qui se ferme.

          Ike Mellis, interprété par Yvan Lecomte, est un vieux boxeur minable. Sans talent, l’âme remplie de douleurs et de remords : la vie doit être sacrément difficile pour un boxeur né pour perdre et payé pour se faire cogner. C’est cependant une question assez intéressante et plutôt bien soulevée par l’agressivité constante du personnage, par ses larmes, par son incapacité fondamentale à réussir. La douleur est une question commune à chacun de nous : que personne ne vienne me dire qu’il ne sait pas ce que veut dire « avoir mal » ; que ce soit des vices de l’âme ou du coeur la douleur est toujours destructrice. Ainsi Ike est un peu tout un chacun : comment se regarder devant un miroir après de tels échecs ? Après une telle vie ? Faire un point sur le passé est difficile pour quelqu’un à qui on n’a pas vraiment laissé le choix. Jusqu’au jour où. Jusqu’au jour où Ike Mellis rencontre Tony Whitaker, interprété par Mathieu Duboclard, ce boxeur aux poings qui volent. La révélation que ce dernier apporte avec lui dans un ring du Bronx est fondamentale et crée cet amour si fin, si particulier qui liera les deux personnages jusqu’à les mener à leurs succès respectifs. Bien sûr, avant cette réussite, les personnages sont confrontés à des difficultés, des obstacles sur leur route, un chemin est toujours piégé d’une certaine manière. Cet obstacle, c’est Monsieur Puglio, interprété cette fois par Laurent Crozet, le directeur du gymnase.

          Les larmes ne sont pas toujours très loin dans le public, les rires se font entendre ; un peu timides, gênés par le poids du drame qui se joue sur scène, gênés par la force dramatique portée par les comédiens. La boxe n’est-elle finalement que des coups reçus ou donnés en échange de quelques billets ? N’y a-t-il pas une problématique plus complexe ? Quelque chose de plus organique ? Quelque chose de profondément douloureux, indécelable, que l’on ne peut apaiser, soulager, panser que par les poings et le sang ? C’est bien ce qu’Ike essaie de comprendre. Un destin si tragique n’est pas anodin. Les comédiens puisent dans leurs ressources, dans leurs peines, dans leurs vices personnels et nous proposent le réel, le sincèrement sobre.

          Je ne peux conseiller qu’une chose en ce début de festival : filez à l’espace Saint-Martial. Allez vous ressourcer, allez réfléchir au poids de la douleur, au tissage d’une relation humaine, à la construction d’un futur et à ses concessions. Allez-y : Ike et Tony ce sont un peu ce que l’on essaie parfois de cacher au fond de nous…

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